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Choisir et évaluer une forêt

Trouver soi-même une forêt est compliqué : peu sont publiquement à vendre, ce sont rarement les plus intéressantes, et il faudra ensuite être capable de l'évaluer. France Valley, gérant de Groupements Forestiers, a développé un réseau national qui lui signale les forêts susceptibles d'être vendues, elle les analyse, les évalue et les négocie pour le compte des investisseurs.

Le prix moyen des forêts en France ou par région est publié tous les ans par la SAFER. La moyenne nationale est de 4.000 euros par hectare environ. Ce chiffre cache d’importantes disparités : il n’est pas rare qu’une forêt riche en chêne s’échange jusque 20.000 euros par hectare. Ces écarts s’expliquent par le fait que l’intérêt et la valeur d’une forêt sont déterminés par de nombreux éléments objectifs (le rendement économique espéré, la capacité des sols à produire des peuplements de qualité par exemple) et subjectifs (l’appétence du marché pour ce type de bien). Retenez la valeur d’une forêt est composée de 4 éléments : le sol, les arbres, la valeur chasse, et la demande du marché. Les critères ci-dessous sont les plus importants pour déterminer ces quatre éléments. Ils sont souvent interdépendants.

C’est l’élément le plus important. La nature des sols détermine la capacité à construire une forêt. C’est le capital productif. La richesse minérale, l’acidité, la capacité à filtrer ou stocker l’eau, leur profondeur avant la roche-mère, la nature de cette roche-mère, permettront de savoir si les peuplements en place sont en station et ont des chances d’être de qualité. Une mesure simple pour le savoir : regardez la hauteur des arbres, car plus ils sont élevés, meilleurs sont les sols.

Les essences présentes dans une forêt sont un facteur déterminant de l’intérêt et de la valeur d’une forêt, car leurs conditions de production diffèrent et elles sont plus ou moins recherchées par l’industrie du bois. Un m3 de pin maritime à maturité vaut environ 35 euros, quand ce même volume de chêne peut atteindre 300 euros. Ensuite ces essences seront plus ou moins productives, c’est à dire qu’elles poussent plus ou moins vite. Est-il préférable d’attendre 120 ans pour toucher 300 euros ou 40 ans pour en percevoir 35 ?

Sans que cela puisse être considéré comme une règle, on constate souvent que dans les forêts de production la valeur du bois sur pied représente environ 75% de la valeur économique totale de la forêt. C’est la valeur de la récolte possible dans la forêt. Pour déterminer ce volume, il sera possible de faire un inventaire pied à pied des tiges de plus de 30 cm de diamètre. Il est également possible de faire un inventaire statistique, à partir de plusieurs relevés réalisés en nombre suffisant dans la forêt. Chaque arbre compté aura un diamètre, une hauteur d’exploitation (avant les branchages) et un facteur de conicité, qui permettra de déterminer son volume. Une fois déterminé le volume de bois d’œuvre, on évaluera le volume des houppiers et du taillis (bois de feu et bois énergie).

Un seul arbre aura plusieurs usages. Les premiers mètres du tronc, jusqu’aux premiers branchages importants, seront utilisés en bois d’œuvre. Il s’agit de la grume. Plus elle sera longue, plus on aura de bois d’œuvre. Plus cette grume sera rectiligne, moins elle aura de défauts (vrille, gourmands, gélivures, brogne), plus elle sera recherchée. Les plus beaux spécimens iront en tonnellerie, parfois en menuiserie. Puis en montant dans la grume, elle partira en parquets, en charpentes, en palettes puis en trituration pour faire de l’aggloméré ou du carton et du papier. Le houppier permettra de faire du bois de feu, du bois énergie, qui sera parfois vendu séparément de la grume. Tous ces éléments qualitatifs sont appréciés pour déterminer la valeur du bois sur pied.

Une forêt est rarement quelque chose d’uniforme. On y trouve des peuplements qui seront souvent d’âges différents. Lors de la visite d’une forêt, on pourra donc se demander quel programme d’exploitation sera appliqué à chaque parcelle forestière, donc quels revenus pourraient être perçus et quels investissements devraient être réalisés, selon la maturité de la forêt, selon les exploitations déjà réalisées. Il faudra soit respecter le Plan Simple de Gestion qui a cours (obligatoire pour toute forêt de plus de 25 hectares), soit en faire agréer un nouveau. Pour obtenir des revenus aussi réguliers que possible, il sera intéressant de diversifier les maturités, ce qu’un Groupement Forestier peut faire, avec plusieurs forêts. Lors de leur évaluation, les peuplements matures seront retenus pour leur valeur de consommation immédiate, et on retiendra la valeur future actualisée des peuplements plus jeunes, le taux d’actualisation retenu déterminant le rendement espéré de l’opération.

L’historique de pluviométrie permet de vérifier que les essences en place bénéficieront d’assez d’eau. La pluviométrie annuelle moyenne en France est de l’ordre de 600 millimètres, mais on peut trouver beaucoup plus par exemple dans le centre de la Bretagne, et de manière générale en altitude. La régularité des précipitations, sans grand trou pendant l’été, est également importante. Le climat c’est aussi les températures l’hiver et l’été, qui varieront au gré des influences continentales, océaniques et montagnardes de chaque station. L’exposition de la forêt, en cas de pente, déterminera également l’ambiance forestière.

Le réchauffement climatique est une donnée intégrée dans l’analyse d’une forêt. Si par exemple aujourd’hui le chêne pédonculé est “en station” dans le département de la Vienne, il sera opportun de renouveler les peuplements en choisissant plutôt le chêne sessile, plus frugal en eau.

Une belle forêt, riche en bois mature pouvant apporter des revenus immédiats c’est très bien, mais s’il n’est pas possible d’aller chercher ces bois, c’est inutile. Les moyens d’accès à cette forêt la proximité des grands axes, mais aussi les moyens de circulation au sein de la forêt (densité et qualité des chemins) sont déterminants. Dans les forêts de montagne on regardera plus particulièrement les pentes, qui peuvent augmenter le coût d’exploitation des bois.

La valeur foncière nue dépend de la qualité des sols, mais aussi de la configuration et de la situation de la forêt. Une grande surface d’un seul tenant, sans routes ou chemins communaux, à proximité de grands axes et de zones d’habitations denses aura évidemment plus de valeur qu’une petite forêt morcelée et éloignée de tout.

La chasse fait partie intégrante de la sylviculture. Elle permet de trouver un bon équilibre sylvo-cynégétique, grâce auquel la biodiversité animale sera protégée, mais où les plantations et la régénération naturelle ne sont pas condamnées par les abroutissements et les frottis des grands animaux. En outre les chasseurs permettent un passage régulier dans la forêt, dont ils assurent ainsi une surveillance, bien utile pour le propriétaire sylviculteur. La valeur de ce capital chasse dépend du loyer qu’il est raisonnable d’espérer sur le long terme. L’actualisation des flux de loyers futurs permet de la déterminer, mais quel que soit le loyer, et même parfois gratuitement, il est impératif que la forêt fasse l’objet de chasses régulières. La chasse joue par ailleurs un rôle social important et associe les populations locales à la préservation de la forêt.

Après avoir déterminé la valeur technique de la forêt, qui additionne la valeur foncière, la valeur des peuplements et de la chasse, la valeur vénale, c’est à dire la valeur de marché, sera déterminée en appliquant une surcote ou une décote. Pour l’essentiel celle-ci dépend du marché local et national pour la typologie de forêt concernée. A ce jour, il est rare de voir des décotes sur des forêts de qualité, les surcotes sur la valeur technique sont souvent comprises entre 10 à 30%.

Quelles qu’aient été les précautions prises dans l’analyse d’une forêt, il ne sera jamais possible de se prémunir contre une baisse potentielle de valeur, ou contre un rendement inférieur aux prévisions. Outre les risques climatiques, c’est le marché qui détermine la valeur des forêts et le prix du bois.

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